Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 09:59

  Musee-Rodin-2-avril-2009--29-.JPG

 

 

Ouvrir La Porte des Enfers, de Laurent Gaudé, c'est pénétrer un monde à la fois fascinant et inquiétant. A lui seul, le style de l'auteur est envoûtant. Même si pour moi rien n'égalera Sous le soleil des Scorta, chaque nouvelle lecture reste un moment de plaisir.

 

Matteo, son épouse Giuliana et leur petit Pippo, 6 ans, savourent un bonheur simple et plein d'amour. Matteo est chauffeur de taxi, Giuliana travaille dans un grand hôtel et des liens très forts les unissent. Pourtant, leur histoire bascule alors que Mattéo conduit son fils à l'école. Pris dans une fusillade, Pippo est emporté, entraînant dans sa mort la raison de vivre de ses parents. Le monde s'effondre pour le couple et Giuliana refuse de se soumettre. Elle supplie Matteo d'agir.

"Rends-moi mon fils, Matteo. Rends-le moi, ou, si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l'a tué ! "

Puis plus loin,

"Je voudrais que tu me le ramènes, Matteo, dit-elle avec une voix étrange, à la fois fluette et décidée. Pourquoi ne vas-tu pas le chercher ?"

 

 Devant la douleur de sa femme, Matteo décide de venger la mort de leur fils chéri, sans y parvenir. "Quelques minutes plus tôt, il avait pointé son arme sur le visage d'un homme. Quelques minutes plus tôt, le temps s'était suspendu, puis, sans qu'il sache pourquoi, il avait baissé le bras et l'homme s'était enfui, disparaissant au coin de la rue avec la rapidité des chats qui déguerpissent au bruit d'un pétard."

 

C'en est trop pour Giuliana. Elle décide de partir, d'enfouir la mort au plus profond, de dire "adieu aux mille choses qui faisaient Pippo". A son mari, elle dit qu'"ils ne pouvaient plus rien l'un pour l'autre, que s'écorcher de leur présence commune, de leurs souvenirs douloureux et de leurs pleurs secrets ".

 

Matteo entame une véritable descente aux enfers. Au sens figuré d'abord, anéanti par ces deux départs consécutifs. Ses errances, dans la nuit de Naples, au volant de son taxi vont lui faire rencontrer des personnages aussi surprenants qu'attachants. Une famille d'oubliés de la vie qui vont lui tendre la main. L'un d'eux, le Professeur, affirme que l'on peut rejoindre les Enfers et qu'une porte existe à Naples. Accompagné du curé des déshérités, don Mazerotti, Matteo tente de rejoindre son fils. Mais revient-on du royaume des morts ?

 

 Au-delà de toute considération religieuse, c'est à un cheminement que nous convie Laurent Gaudé avec une grande force.

 

Je vous livre non pas la page 4, que vous pouvez trouver partout, mais la note par laquelle l'auteur achève ce roman :

 

"J'ai écrit ce livre pour mes morts. Les hommes et les femmes dont la fréquentation a fait de moi ce que je suis. Ceux qui, quel que soit le degré d'intimité que nous avions, m'ont transmis un peu d'eux-mêmes. Certains étaient de ma famille, d'autres, des personnes que j'ai eu la chance de croiser. A eux tous, ils constitent la longue chaîne de ceux qui, en disparaissant, ont emmené un peu de moi avec eux. [...] Puisse ce livre les distraire. Ce qui est écrit ici est vivant là-bas".

 

 

 

Par Parisianne - Publié dans : Lectures - Communauté : Doux rêveurs de Quichottinie
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 06:22

Non, ce n'est pas le titre d'un livre mais l'histoire d'une rencontre.

 

Imaginez ma surprise lorsqu'un matin, il y a quelques semaines, alors que je me promenais sur les blogs de Quichottinie, j'ai découvert mon clocher. Non pas les tours de Notre-Dame, ni les pierres blanches du Sacré Coeur, mais le clocher de mon coeur, celui qui rythme depuis  ma plus tendre enfance les événements heureux ou malheureux de la famille, celui qui égrene quotidiennement les heures pour mes parents et qu'ils me font écouter chaque fois que j'appelle à heure fixe.

 

Pivoines 2009 (17)

 

Je n'en croyais pas mes yeux. Un petit village de l'Oise, niché dans les bras de sa belle forêt avait attiré un regard. Je me penchai donc plus avant sur le blog concerné et constatai bien vite que l'artiste photographe avait su capter de nombreux Instants Fugitifs, merveilleux moments de sérénité des bois et des alentours de notre village. Parce que oui, le hasard des rencontres de blogs fait que sans nous connaître nous arpentons les mêmes chemins. Je parle de la douce et attentionnée Katara que j'ai eu le plaisir de rencontrer dimanche à l'exposition Colori'Hez. Je ne peux que vous conseiller d'aller flâner sur son blog, non seulement vous découvrirez une jolie région mais vous pourrez surtout admirer ses magnifiques photos.

 

Quant à moi, j'espère très fort avoir prochainement l'occasion de lui emboîter le pas pour redécouvrir à ses côtés notre belle forêt que je néglige depuis quelques années par manque de temps.

 

2010 04 26 LNH (11)

 

Et pourquoi pas cette terre picarde à laquelle nous sommes l'une et l'autre très attachée.

 Campagne 1016

Par Parisianne - Publié dans : Picardie - Communauté : Doux rêveurs de Quichottinie
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 08:19

 

  Katarina Mazetti, Le Mec de la tombe d'à côté.

 

Divers-5910.jpg

 

Le titre de ce roman traduit du Suédois a attiré mon attention, et comme j'avais entendu parler d'une pièce de théatre adaptée de ce texte, que je n'ai malheureusement pas vue, j'ai eu envie de voir ce que cachait ce titre surprenant.

 

Le Mec de la tombe d'à côté, c'est l'histoire d'une rencontre entre deux êtres que tout oppose.

Désirée, jeune veuve, bibliothécaire citadine se recueille devant la tombe rigide de son mari. A côté, Benny,  entretient avec soin la sépulture tape-à-l'oeil de ses parents depuis que sa mère rongée par un cancer y repose, le laissant seul avec ses 24 vaches laitières et l'exploitation familiale.

La remarque d'une enfant venue sur la tombe de son grand-père arrache un sourire aux jeunes gens qui ne s'étaient jamais adressé la parole et portaient sur l'autre un regard plutôt sévère.

Ce simple sourire va briser la première barrière et tisser les premiers liens. Pourtant, il n'est pas difficile de comprendre que, si une force puissante les attire, un gouffre sépare ces deux êtres chacun attaché à son univers.

Benny et celle qu'il surnomme affectueusement la Crevette n'ont rien en commun et rêvent chacun de leur côté d'amener l'autre à adopter son mode de vie.

Un choc des cultures plein de tendresse et de drôlerie pour masquer certaines blessures inhérentes à la passion.

 

Le choix de l'auteur de changer de narrateur à chaque chapitre, nous guidant dans les états d'âmes de chacun des protagonistes, donne toute son ampleur au roman. Nous passons de l'un à l'autre, une belle façon de suivre l'analyse que chaque personnage fait des situations vécues.

 

Les distances entre ces deux mondes sont-elles vraiment insurmontables ? On pourrait le croire.

"Ainsi, on aurait pu s'attendre à ce que nous nous mettions au boulot, pour arriver à cette fameuse adaptation et cet approfondissement. C'est le contraire qui s'est passé. Nous nous sommes enfouis chacun dans sa vie et nous n'avons pas cédé un pouce de terrain."

 

Je vous livre la page 4, dont je ne partage pas tout à fait l'analyse !

"Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l'oeil de la stèle qu'il fleurit assidûment.

Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, avec son bon sens paysans et une sacrée dose d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie.

Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis... C'est le début d'une passion dévorante.

C'est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d'amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures".

 

 

 

 

 

Par Parisianne - Publié dans : Lectures - Communauté : Doux rêveurs de Quichottinie
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 15:39

 

 La Grenouille de Torricini, La Défense. Implantée en 1987

 

 

Fontaine assoifée, tend sa gorge aux nuages,

Grenouille altérée, renonce aux présages !

 

 

 

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Dame grenouille protège son petit !

 

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Par Parisianne - Publié dans : Pour un autre regard - Communauté : Pour un autre regard
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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 20:02

Il ne sera pas question ici de grands espaces. Non, il s'agit de L'Horizon de Patrick Modiano, autant dire un horizon un peu bouché !

 

Ouvrir un livre de Modiano, c'est pénétrer un univers en noir et blanc, un brouillard léger sur lequel des silhouettes se dessinent. L'Horizon n'échappe pas à la règle en nous promenant dans les traces d'un écrivain en quête d'un passé pourtant très présent qui guide sa quête.

  

  

Jean Bosmans remplit de notes son carnet d'écrivain et s'accroche à des noms qui lui reviennent, instants partagés, rencontres éphémères, moments fuis pour échapper à la réalité de la dame aux cheveux rouges. A quelques exceptions près, rien n'est jamais très net et les souvenirs semblent glisser comme la brume sur un lac, caressant la surface sans y laisser de trace.

"Ces fragments de souvenirs correspondaient aux années où votre vie est semée de carrefours, et tant d'allées s'ouvrent devant vous que vous avez l'embarras du choix."

 

Seule Margaret et ses craintes prennent de l'ampleur. Si son histoire reste dans l'ombre, nous ne savons que peu de chose la concernant, sa présence aux côtés de Bosmans est bien réelle.

 "Bosmans avait lu quelque part qu'une première rencontre entre deux personnes est comme une blessure légère que chacun ressent et qui le réveille de sa solitude et de sa torpeur."

 

La rencontre entre Bosmans et Margaret Le Coz ancre effectivement le récit dans une certaine réalité pourtant pleine de questionnement. Il ne faut pas attendre de réponses aux questions, il ne faut d'ailleurs pas attendre d'action non plus, il n'y a ni l'un ni l'autre !

 

Les romans de Modiano paraissent avancer au ralenti, il suffit de se laisser porter par le plaisir de cette belle écriture.

 

Pourquoi attendre des réponses, l'auteur répond lui-même à cette question :

"Au moins, avec le doute, il demeure encore une forme d'espoir, une ligne de fuite vers l'horizon. On se dit que le temps n'a peut-être pas achevé son travail de destruction et qu'il y aura encore des rendez-vous ".

 

  .

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Par Parisianne - Publié dans : Lectures - Communauté : Doux rêveurs de Quichottinie
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