Partager l'article ! C'est la rentrée...: C'est vrai, aujourd'hui petits et grands reprennent le chemin de l'école avec plus ou moins de joie ou de peur et les ...
Parisianne
C'est vrai, aujourd'hui petits et grands reprennent le chemin de l'école avec plus ou moins de joie ou de peur et les parents ne sont pas en reste. Le rythme va reprendre après la trève estivale mais que cela ne nous empêche pas de rêver.
Alain EMERY, écrivain et nouvelliste de talent nous offre ce matin un parfum d'évasion. Suivons-le, c'est à consommer sans modération.
D'ailleurs, vous connaissez Alain, je vous en ai déjà parlé ici ou là , ou encore à l'occasion d'un recueil à plusieurs mains c'était en octobre et il nous avait fait un très beau cadeau de Noël avec Un petit vélo jaune que je vous conseille de lire ou de relire.
Vous l'aurez compris, Alain EMERY est un auteur dont je savoure chaque fois la force des mots.
Bien au-delà de ça, Alain est pour ma plume un modèle, un aiguillon mais plus que tout encore, c'est un ami.
Je vous invite donc à lui emboîter le pas pour cette très belle échappée dans l'enfance de son art...
Le camion vert
J’avais sept ou huit ans, à peine plus, et ce bahut d’opérette, c’était un tas de rouille au milieu des orties, une carcasse de mastodonte empêtrée dans les ronces. Ses pneus éventrés – dont la gomme tâchait autant le bout des doigts que du charbon – s’enfonçaient chaque année davantage dans la terre mais il aurait fallu autre chose qu’une ornière pour le clouer au sol. Sur ses sièges éventrés (dont la bourre, couleur ivoire, sentait la pisse de souris et le cuivre mort), j’ai parcouru le globe en long, en large et en travers.
Chaque soir, après l’école, je courais jusqu’aux ruines au pied desquelles il pourrissait en douceur. De toutes mes forces, je tirais sur la porte grippée – qui finissait toujours par céder, dans un grincement étranglé – et, écartant de la main les toiles d’araignée, je me glissais au volant, un cerceau de bakélite que je prétendais sculpté dans une vertèbre de baleine.
Au travers du pare-brise étoilé, j’ai vu du pays. J’ai transporté des lingots d’or, de la poudre à canon, des émeraudes et des Winchester. J’ai joué ma vie au bord de ravins invraisemblables. Le bras à la portière, j’ai remonté jusqu’aux sources du Nil (les voyages ne me faisaient pas peur : plus jeune, à bord d’un doris sans fond, j’ai remonté l’Orénoque et doublé le Cap Horn) et j’ai descendu Sunset Boulevard. Vous n’êtes pas obligé de me croire mais c’est dans ce camion vert que j’ai embrassé pour la première fois Ava Gardner…
Depuis, j’ai changé de monture bien des fois mais je me raconte encore des histoires. Je les couche sur de petits carnets. Aux gens qui me le demandent parfois, je réponds que non, je ne sais pas d’où ça vient…
Alain EMERY
Alain, je n'ai que deux mots à te dire : BRAVO et MERCI
Derniers Commentaires